Manif à Laon 13/03/15

Les ruraux de l’Aisne ont approché Manuel Valls... de plus ou moins près

Publié le 13/03/2015 Par Eric JONNEAU

Opposants à l’éolien, hospitaliers de Prémontré ou agriculteurs ont tenté de se faire entendre, vendredi, à l’occasion de la tenue à Laon d’un comité interministériel sur « les ruralités ». Avec des bonheurs diverses.

Manuel Valls a exposé plusieurs mesures pour la ruralité ce vendredi dans l’Aisne. (Photo Gaël HERISSE)

Hors sujet. Les opposants au développement de l’éolien dans l’Aisne ont été recalés par le service de sécurité déployé ce vendredi à Laon. Venu tenir un comité interministériel sur la « ruralité » et entouré d’une dizaine de ministres, Manuel Valls avait d’autres chats à fouetter. Partie travailler au Japon, Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement, n’était pas de la partie.

Les anti-éoliens cadenassés

Le Premier ministre n’a donc pas daigné accorder audience aux associations de l’Aisne venues avec banderolles et, au départ, bonne humeur pour marquer leur opposition au déferlement des parcs éoliens dans le département. « On nous a parqués ici », déplore Elisabeth Gautier, la présidente de Stop Eolien 02, bloquée au pied des remparts à deux cents mètres de la Préfecture. « C’est vrai qu’on a l’air dangereux », ironise-t-elle le bras ouvert en direction de ses compagnons.

Parmi eux, Jean-Marie Desachy, un résistant de Lamaronde, aux confins de la Somme et de la Seine Maritime, venu prêter main « forte » aux Axonais. « Je m’insurge, tonne-t-il, entouré d’un sacré paquet de policier en civil ou agents des rensignements généraux. C’est indamissible de la part d’un préfet de nous poser un lapin comme ça. C’est bas, triste, minable. »

« Au départ, les RG sont venus nous voir en nous disant qu’ils allaient simplement encadrer notre manifestation, nous étions une cinquantaine, explique Elisabeth Gautier. Puis subitement, le ton a changé. L’entretien qu’on devait avoir avec la préfecture a été annulé, on nous a empêchés de déployer nos banderolles. »

« Ce n’est pas une bonne image pour le gouvernement, peste de sa grosse voix Jean-Marie Desachy. Nous allons donc appeler à voter contre les conseillers généraux qui ont laissé arriver ces affreuses machines dans nos campagnes et on recommencera ensuite pour les autres. »

Les hospitaliers de Prémontré écoutés

Les hospitaliers de Prémontré ont eu plus de chance. Ils collaient davantage au thème de la journée. Deux représentants syndicaux de l’UNSA et de la CGT, ainsi que deux médecins, ont été reçus par Frédéric Varnier, membre du cabinet de Marisol Touraine, la ministre de la Santé, et par Bachir Bakhti, le secrétaire général de la préfecture de l’Aisne.

À la grande surprise des syndicats, Thierry Vejux, directeur du secteur hospitalisation de l’agence régionale de santé, s’est également invité à la réunion. « C’était plutôt positif », se réjouit Olivier Fenioux, le délégué CGT. Conseiller chargé du financement des établissements hospitaliers, Frédéric Varnier a passé près de deux heures avec les représentants de l’établissement de santé mental de Prémontré. « Il a reconnu qu’on avait fait des efforts sur le plan budgétaire et il nous a assurés que le projet était de défendre les hôpitaux de proximité. »

Redoutant l’éclatement de la gestion de la santé mentale dans l’Aisne, médecins et syndicats ont prêché pour le maintien de l’unité de leurs services, lesquels souffrent d’un manque cruel de capacité d’accueil des patients. Ils ont été écoutés, il leur reste désormais à être entendus.

Les agriculteurs passent à table

La ruralité, c’est évidemment l’agriculture. « Sachant que Stéphane Le Foll était du voyage, on avait demandé une audience, on nous a rappelés pour nous dire que Manuel Valls voulait déjeûner avec nous ! » Olivier Dauger, le président de l’union syndicale des agriculteurs de l’Aisne, a donc accueilli avec enthousiasme un repas avec le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture et d’autres parlementaires axonais.

« Le Premier ministre a répondu à 80 % de nos questions, il est très à l’écoute et connaît bien ses dossiers, observe-t-il. On a parlé des quotas de lait et de sucre, de l’application difficile de la nouvelle PAC, de l’installation des jeunes et de la réglementation qui change tout le temps et complique le travail des agriculteurs ».

À neuf jours du premier tour du scrutin départementales, Olivier Dauger n’est pas dupe. « C’était sans doute une visite électorale et l’Aisne a été choisie à dessein, pèse-t-il. Au salon de l’agriculture, tout le monde disait que les agriculteurs allaient voter FN... Moi, je ne pense pas. Les agriculteurs connaissent l’Europe depuis longtemps et savent qu'en sortir n'est pas la meilleure idée. Ceci dit, on n'a absolument pas parlé de politique à table. »

Les exploitants de l'Aisne ont surtout défendu l'image d'une agriculture proactive, « qui travaille sur l'emploi, l'environnement et la recherche », insiste Olivier Daugé.

LAON

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